-T'as l'air soucieuse... à quoi tu penses ?
Emilie et Anne, ses prétendues amies, ne faisaient que lui poser des questions.
Les trois filles étaient assises à la table la plus isolée de toute la cantine.
Abina se retint de leur répliquer quelque chose de pas forcément sympathique.
Qu'elles la laissent tranquille, à la fin. Elles se prenaient peut-être pour ses copines, mais la jeune fille ne les avait jamais considérées comme telles.
Elle e se sentait ben que lorsqu'elle était seule livrée à elle-même, et qu'elle n'avait pas à se cacher sous une fausse personnalité, comme elle le faisait en permanence au lycée.
Elle n'avait jamais eu de véritable ami, celui à qui l'on peut tout raconter sans qu'il ne le répète, celui qui nous soutient dans les moments difficiles et celui qui donne un sens à votre vie...
Ca n'existait peut-être pas, après tout.
Les cours se succédèrent, longs, lassants et inintéressants... Abina écoutait ses profs rabâcher les mêmes choses à longueur de journée.
Enfin, le soir finit par arriver, accompagné d'un petit vent glacial, toujours présent en ce mois de décembre.
La jeune fille rentra chez elle, à quelques rues du lycée.
Elle s'écroula sur son lit et resta plusieurs minutes à regarder le plafond, blanc, paisible...
Elle ne sentit pas qu'elle s'endormait.
« Viens...
Viens à nous...
Nous avons besoin de toi comme tu as besoin de nous...
Viens...
Viens faire de ta vie un rêve...
Rejoins-nous...
Viens... »
Abina laissa échapper un hurlement de frayeur : le cauchemar...
Elle s'en rappelait toujours, et maintenant voilà que la voix lui demandait de la contacter... Et elle était censée deviner par quel moyen ?
Rien ne pouvait être pire que sa vie actuelle. Et ces rêves devaient bien être là pour quelque chose !
Plus le temps passait, plus elle cauchemardait et plus elle prenait conscience du contenu de ses songes...
Elle avait le son, il lui manquait l'image...
A qui appartenait cette voix ?
Et qui entendait-elle par « nous » ?
Que de questions...
Abina se mit à ses devoirs assise à son bureau, tout en étant irrésistiblement tentée par l'écran noir de son ordinateur en face d'elle.
La machine semblait promettre beaucoup plus que ces exercices atroces de latitude et de longitude.
Agacée par son propre comportement, elle appuya sur le bouton pour la mettre en marche.
Quelques minutes plus tard, elle se connecta sur sa messagerie instantanée où elle avait quelques connaissances un peu plus agréables que ses camarades de lycée.
Alors qu'elle conversait tranquillement, parlant à tort à et à travers, quelqu'un qu'elle n'avait jamais vu dans sa liste de contacts lui envoya quelques messages.
« Tu n'es pas facile à bouger...
Les rêves ne te suffisent donc pas ?
Rejoins-nous le plus vite possible...
Le temps presse... »
Abina tapa rapidement sur son clavier une des questions dont elle aurait voulu obtenir des réponses :
« Quoi ? Rejoindre qui ? »
Malheureusement, elle n'eut plus aucun signe du mystérieux expéditeur de ces étranges mots.
Ce quelqu'un était au courant pour les rêves... Et toujours cette idée où elle devait « les » rejoindre !
Toute cette histoire commençait à la rendre folle.
Elle coupa l'ordinateur avec rage et bâcla ses devoirs en maudissant les profs et leurs tissus d'âneries.
Son père finit par l'appeler pour le dîner, ce qui la fit sortir de ses rêveries et lui permit de se changer les idées.
Elle craignait la nuit lorsqu'elle arrivait...
La nuit où la plupart des gens dorment...
Abina avait peur de dormir.
Si elle plongeait dans le sommeil, les rêves reviendraient.
Mais elle était tellement épuisée qu'elle ne trouva pas la force de résister à l'immense fatigue qui la gagnait.